D.B. : Daniel Ducarme, vous insistez toujours sur le rôle d’ambassadeurs des Belges à l’Etranger ?
Daniel Ducarme : Tout d’abord, une mise au point. Parlons des Belges de l’Etranger au lieu des Belges à l’Etranger. Pour moi, la différence est fondamentale. Étant de l’Etranger, ils continuent de faire pleinement partie de notre communauté et ont dès lors droit à la même considération d’égalité que les Belges du pays. A l’Etranger, cela permet encore à certains de considérer qu’ils peuvent certes avoir un statut spécial, mais pas une considération à l’identique. C’est pour cela que j’ai voulu dès 2002 la création du MR International au lieu de la formule d’un secrétariat politique dédicacé aux expatriés. Le MRI est une branche spécifique du MR mais en fait partie intégrante comme les Belges de l’Etranger doivent faire partie intégrante de la communauté nationale.
Etre Belge de l’Etranger ne doit pas être un statut annexe mais, bien au contraire, ouvrir à un Projet spécifique intégré dans la politique de notre pays. Et cela vaut aussi pour les Belges à la retraite qui ont décidés l’expatriation. Ils le font souvent pour trouver des conditions climatiques plus agréables ! Mais ils reviennent souvent en Belgique, et il suffit de connaître leur réseau associatif pour se rendre compte de leur attachement à nos racines.
Pour les autres, et notamment les jeunes qui se préparent au voyage, le monde change, et avec lui, européanisation et mondialisation aidants, l’expatriation change elle aussi fondamentalement. Elle est souvent de plus courte durée et se répète en des endroits du monde bien différents. Avec ce phénomène, les Belges de l’Etranger sont des femmes et des hommes qui sont plus que jamais les premiers ambassadeurs de notre pays dans le monde. Comme nos diplomates qui changent de poste, ils doivent à chaque fois faire un solide effort d’adaptation. Parallèlement, les soubresauts géopolitiques de notre époque impliquent aussi des adaptations inconnues par le passé. En fait, tous les expats sont aujourd’hui dans des conditions bien différentes que celles connues par leurs prédécesseurs. La valeur ajoutée apportée par les Belges de l’Etranger est vraiment significative. Ce dont les Belges au pays ne se rendent pas suffisamment compte, c’est qu’ils apportent, chacun dans leur secteur d’activité, une expertise reconnue et appréciée avec une approche humaine directe teintée d’une forme de modestie qui n’est pas toujours celle des expats d’autres pays ! J’ai toujours constaté qu’ils contribuent de ce fait, et de manière déterminante, au rayonnement de la Belgique. C’est net dans l’entreprise et le développement économique et commercial, mais je tiens aussi à le souligner pour la coopération et l’enseignement.
A l’Etranger, l’image de notre pays est souvent en souffrance. Ce que font les Belges de l’Etranger partout où ils se trouvent est d’autant plus un réel atout pour la Belgique, et certainement pour la valorisation de Bruxelles, capitale nationale, mais aussi européenne et internationale. C’est pour cela qu’ils doivent faire partie intégrante de la politique du pays, avec un Projet à porter qui doit leur être propre. Je crois que les Réformateurs sont les mieux placés pour en être le porteur. Je crois même que c’est un devoir pour nous de répondre à cette nécessité de Projet des Belges de l’Etranger.
D.B. : Un devoir de réponse des Réformateurs pour le Projet des Belges de l’Etranger ?
Daniel Ducarme : Par cohérence et continuité car les Réformateurs ont toujours été à l’initiative de la reconnaissance des droits de l’expatrié avec l’ambition de donner à nos compatriotes de l’Etranger les mêmes droits que celles et ceux au pays.
Nous avons toujours défendus cette approche et depuis 1999, date de notre retour au Gouvernement, notre action a été déterminante. Ce fut marqué par la carte d’identité, l’octroi du droit de vote et ses modalités administratives. Ce n’est pas faire injure à la vérité que de dire que rien de significatif ne fut fait avant. C’est vrai et contrôlable.
Aujourd’hui encore, lorsque je propose au Parlement de simplifier l’inscription sur les listes électorales consulaires, je reçois une fin de non-recevoir des socialistes et une abstention alambiquée des sociaux-chrétiens. Seuls les écolos ont suivis. Plus encore, même si le dossier de l’accès à la double nationalité est géré par le Département de la Justice, suite à mes interpellations régulières, nous devons à l’opiniâtreté de notre Vice-Premier Ministre Didier Reynders la relance décisive de ce dossier en mars 2006. Pour ce dossier, je remarque d’ailleurs que l’interprétation juridique choisie par la Ministre de la Justice est la plus restrictive pour déterminer le moment de la mise en application. Je ne m’en satisfais pas et il convient de ne pas se limiter à enregistrer la réponse faite au Sénat à une question posée par une Sénatrice du CDH. J’ai déposé une interpellation qui sera étayée juridiquement afin de démontrer qu’il est possible d’agir vite et mieux.
Les Réformateurs ont un devoir de Projet pour les Belges de l’Etranger et eux seuls ont la conviction, la volonté et la détermination pour le concrétiser. Il est faux de prétendre que toutes les formations politiques francophones ont la même ardeur dans ce dossier. A l’approche des élections fédérales, tous les partis veulent se présenter sur leur meilleur jour et c’est normal. Mais de là à croire ou à penser qu’ils veulent tous agir avec la même volonté est un leurre. Ce que je dis rompt sans doute le ronronnement consensuel voulus par certains pour masquer les différences et peut apparaître comme politiquement incorrect. J’en suis conscient mais je n’hésite pas à relater la réalité car le débat démocratique implique d’oser cette vérité.
Plus que jamais, nous devons poursuivre l’action réformatrice. La démonstration en sera faite par le traitement de tous les dossiers, y compris les plus sensibles, notamment dans l’accès facilité aux administrations, le fiscal et le social, comme la question de la double imposition fiscale et sociale pour nos compatriotes en France, la facilitation fiscale et sociale du retour au pays, le régime de sécurité sociale, la relance d’un réseau d’enseignement de grande qualité en concertation avec nos partenaires francophones, la protection consulaire et diplomatique de nos ressortissants dans le cadre des dispositions nouvelles envisagées par l’Union européenne, la garantie d’un lien fort et permanent avec la Belgique pour celles et ceux, notamment de nombreux jeunes, qui souhaitent élargir l’horizon de leur engagement professionnel. Tout cela repris dans notre Projet. Nous allons le bâtir avec nos compatriotes de l’Etranger, sans nous limiter au coupé-collé de propositions que j’ai découvert chez d’autres.
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