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le Gaz: La nouvelle arme russe?

 

 

Depuis le 7 janvier, la Russie a arrêté le transit de son gaz destiné à l’Europe par l’Ukraine, entraînant des chutes d’approvisionnement en Europe. Sans surprise les premiers touchés sont les pays européens limitrophes, et accessoirement anciens satellites de la défunte puissance russe. Roumanie, Pologne, pays baltes, République tchèque, Bulgarie, Balkans, tous ont des problèmes d’approvisionnement de plus en plus sérieux à un moment d’autant plus critique que l’Europe subit une offensive hivernale peu courante.

Suite à une rencontre hier entre la présidence tournante européenne tchèque et la Russie, les partenaires se sont mis d'accord sur le déploiement d’observateurs « partout où cela est nécessaire ». Ce déploiement devrait être un premier pas. L’Ukraine a signé jeudi un accord avec la Commission européenne invitant les observateurs européens à venir contrôler le transit du gaz russe en Ukraine, et attend encore que la Russie fasse de même, a indiqué un membre de la délégation ukrainienne auprès de l’UE. La restauration des livraisons russes de gaz vers les pays européens reprendront après la conclusion d’un accord avec l’Ukraine sur le transit, a déclaré le 8 janvier dernier le président russe, Dmitri MEDVEDEV.


La crainte de voir Moscou couper les robinets était pressentie par les autorités européennes suite à la cessation le 1er janvier dernier  par Moscou de l’approvisionnement en gaz à son voisin ukrainien suite à un différend sur les tarifs à appliquer pour l’année 2009 et des litiges pour les arriérés de paiement. Le différend commercial entre la Russie et l’Ukraine est un sujet récurrent. La Russie veut augmenter ses prix vis-à-vis de l'Ukraine qui pour des raisons historiques paie un prix relativement faible. A titre d’exemple, en 2008, Kiev payait 175 dollars pour 1.000 mètres cube de gaz. Moscou veut aligner ses tarifs en trois ans sur les prix du marché, conformément à l'accord signé en octobre 2008 par les premiers ministres russe et ukrainien, Vladimir POUTINE et IOULIA TIMOCHENKO. Ainsi, la Russie voudrait des prix supérieurs à 400 dollars soit le prix payés par les pays occidentaux.  Kiev refuse de plier.

La Russie a mis en cause Kiev, qu’elle accuse de « voler » 15% du gaz destiné à l’Europe et d’avoir fermé des gazoducs du transit, accusations rejetées par l’Ukraine. Kiev de son côté accuse Moscou de ne pas honorer ses engagements en matière d’approvisionnement des Européens en gaz. Au-delà du problème commercial, Moscou fait payer à l’Ukraine son rapprochement avec l’Union Européenne et surtout l’OTAN entrepris depuis la Révolution orange et qui a atteint son paroxysme lors de la condamnation par Kiev de l’intervention russe en Géorgie. Le chantage au gaz n’est pas une première entre la Russie et ses voisins, principalement ukrainiens et biélorusses puisque nous assistons à ce même scénario récurrent, à la même période de l’année, depuis 2006.

La solution trouvée par les Russes est simple… Faire indirectement pression sur l’Union Européenne, grand consommateur de gaz russe, pour ce que cette dernière arbitre le conflit et ramène les deux parties à la table des négociations. pour se faire, Moscou coupe les robinets des gazoducs traversant l'Ukraine créant dès lors une diminution des livraisons à l’Europe. En effet,  près de 80% du gaz russe à destination des pays européens transitent via le sol ukrainien et nombre de pays de l’Est et des Balkans ont fait état d’interruptions totales ou légères. Les économies d'Europe centrale, souvent dépendantes à 100 % du gaz russe sont dès lors les premières touchées par la paralysie des gazoducs ukrainiens. Et le temps presse! Dans les Balkans, Croatie, Bosnie, Serbie et Macédoine n'ont très vite plus rien reçu depuis mercredi. Au sein de l'Union européenne, la Hongrie, et la Bulgarie non plus. Meme les Etats membres de l'Union européenne, dont les ressources énergétiques et les fournisseurs sont heureusement plus diversifiés, enregistrent eux aussi une forte réduction des livraisons russes: -70 % en Italie, - 90 % en France, et plus rien en Grèce. Dès aujourd’hui, les 27 devraient étudier différents scénarios possibles notamment la réduction de la consommation couplée à l’augmentation de production via d’autres pays fournisseurs comme la Norvège qui assure déjà 15% de l’approvisionnement énergétique européen.

Gazprom, un colosse aux pieds d’argile?

 

La présidence tchèque et la  commission européenne ont qualifié la situation de « complètement inacceptable ». Le président de Gazprom, Alexei MILLER, a annoncé qu’une réunion se tiendrait à Bruxelles le 8 janvier afin de tenter de trouver une solution au conflit gazier qui commence à affecter les livraisons de gaz en  Europe. Depuis l'ère Poutine, Gazprom est le symbole de l'économie russe et du pouvoir de Moscou. Preuve s’il en est des liens entre Gazprom et le Kremlin, le président russe MEDVEDEV était le directeur du conseil d’administration de 2000 à 2008 de Gazprom avant son élection à la tête du pays et le fondateur du groupe,  Viktor TCHERNOMYRDINE a ensuite longuement servi BORIS ELTISNE lorsqu’il était Premier ministre et occupe actuellement les fonctions d’Ambassadeur de Russie en Ukraine!

C’est grâce au poids économique et géostratégique de ce géant gazier et pétrolier que Moscou a refait surface sur la scène internationale. Il est aussi le fleuron économique d’une Russie qui se voit comme une nouvelle puissance émergente. Gazprom est un géant et un pilier de la nouvelle Russie: Avec ses 400 000 employés, il représente 8 % du PIB russe, 20% des recettes fiscales dispose de 17% des ressources gazières mondiales et est la troisième entreprise au monde par sa capitalisation boursière même si depuis la récente crise financière, Gazprom aurait perdu près de 76% de sa valeur boursière, sans oublier ses dettes qui plafonneraient autour des 35 milliards d’euros.

La crise entre Moscou et Tbilissi d'août 2008 a renforcé les craintes des Européens et des Américains pour leur sécurité énergétique future. En effet, un des grands oléoducs approvisionnant l’Europe en pétrole, traverse la Géorgie, et s'est retrouvé à portée de l'armée russe. Sans surprise, le vice-président américain, Dick CHENEY a fait récemment une tournée dans trois pays servant de "corridor pétrolier " : l'Ukraine, la Géorgie et l'Azerbaïdjan. Sans surprise non plus, l'essor de la présence et le nombre de bases militaires américaines dans la région qui se sont multipliées ces dernières années.  Preuve que ces deux derniers pays sont essentiels pour l'écoulement des hydrocarbures d'Asie centrale vers les marchés européen et américain.

Néanmoins, force est de constater que le partenariat entre l’UE et la Russie n’est pas si déséquilibré dans la réalité. L’Union est certes dépendante de la Russie mais a des fournisseurs diversifiés et d’un point de vue russe, l’UE est à peu près le seul marché où Moscou peut exporter son gaz. Ainsi, chiffres à l'appui, les Vingt-Sept importent 26 % de leur gaz de Russie, mais il ne représente que 7 % de leur consommation.  Même si cette part augmentera – Moscou détenant un quart des réserves mondiales – plusieurs pays d'Europe construisent de nouveaux terminaux méthaniers qui leur permettront de diversifier – et de sécuriser – leurs approvisionnements. Ainsi, José Manuel BARROSO a reçu le premier ministre irakien, Nouri AL-MALIKI, afin de renforcer la coopération énergétique avec Bagdad sachant que l’Union finance la construction du gazoduc Nabucco, qui serait branché sur des champs proches de la mer Caspienne et alimenterait le sud de l'Europe centrale et l'Autriche. Pour sa part, la Pologne réfléchit à la construction d'un terminal gazier alimenté par les gisements de la mer du Nord. Les trois États baltes, dépendants à 100 % du gaz russe, cherchent  également à développer leurs propres interconnexions énergétiques. Eexception notoire, l'Allemagne qui s’est associée avec la Russie dans un nouveau projet de gazoduc, Nord Stream, sous la mer Baltique. Par ailleurs, le gaz n'est pas aussi stratégique que le pétrole (irremplaçable dans les transports) : on peut lui substituer du charbon, du fioul ou de l'électricité dans ses usages industriels et domestiques.

Depuis des mois, Moscou et Bruxelles tentent de sceller un "partenariat stratégique" dont l'énergie serait un chapitre-clé. Mais les contentieux sont importants, notamment sur l'ouverture des marchés. La Russie rejette obstinément tout accès à ses gazoducs, monopole de Gazprom, à des compagnies occidentales. Elle cherche à prendre le contrôle des voies d'acheminement vers l'Europe, comme elle l'a fait en Serbie et en Biélorussie. L'Europe centrale et orientale est plus dépendante et plus antirusse pour avoir été un demi-siècle sous le joug soviétique. Plus conciliantes, l'Allemagne, la France et l'Italie importent beaucoup de gaz de Russie mais l'ancienneté de leurs relations avec Moscou et la puissance de leurs groupes d'énergie (E.ON Ruhrgas, GDF Suez, ENI...) rendent les partenariats avec Gazprom plus équilibrés.  Cette différence d’opinions et de réactions entre les Anciens et les nouveaux membres est très probablement la clé de voûte du problème à savoir que le risque ne viendra pas de la dépendance gazière mais bien d’une Europe qui y répond de manière divisée et qui se voit dans l'incapacité de développer un marché unique pour régler les problèmes d’approvisionnement et de devenir un acteur de poids dans ce domaine hautement stratégique.

 





 
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