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Une initiative européenne, un pas, vers une prise conscience de « citoyenneté européenne ».

Muriel de l’Ecotais : Vous défendez l'idée de la création d'un « FONDS EUROPEEN DE SOLIDARITE » et une plate-forme d'action de l'Union européenne d'intervention. Quel sens donner à votre initiative ?

Jean-Louis MainguyJean-Louis Mainguy :C’est une initiative à prendre au niveau européen, un pas vers une prise de conscience de citoyenneté européenne. Permettez-moi une citation : « L’Europe doit s’encrer dans la vie quotidienne. Pour cela il est essentiel qu’elle développe des politiques plus proches de nos concitoyens ». Elle est de Dominique de Villepin lorsqu’il a défendu « Un nouveau temps pour l’Europe » à Rome, le 4 octobre 2003.

Cette phrase prononcée en octobre 2003 à Rome par Dominique de Villepin pourrait devenir l’exergue de ce projet. En effet, la réflexion autour de la création d’un fonds de solidarité adressé exclusivement aux citoyens européens, ayant choisi d’habiter hors des frontières de l’Union Européenne, dans un pays confronté à un état de crise, répond ponctuellement à l’un des aspects de la vie quotidienne des citoyens européens expatriés en proie à une situation de détresse et fait appel à un sens de solidarité difficilement perçu, par temps normal, par ce même citoyen européen à quelque pays de l’Union qu’il puisse appartenir.

Ce sentiment de solidarité et d’appartenance ne fait surface, comme une évidence toute naturelle, qu’en écho à un danger qui pourrait menacer ce citoyen dans sa chair, dans ses biens. En effet, il est psychologiquement prouvé qu’une situation de danger éveille un instinct de survie immédiat qui, tout à coup, donne à chacun d’entre nous le sentiment de cohésion à une famille, à un clan, à un pays et mieux encore, dans le cas présent, une appartenance forte et effective  à un continent : l’Europe.

A supposer dans un scénario catastrophe, qu’une puissance mondiale venait à déclarer la guerre à l’Europe, nous verrions alors ce même instinct de survie et de solidarité européenne, prendre le pas sur l’attachement premier et le souci élémentaire, mais jusque-là légitime, des nationalités diverses et des identités affirmées dont est formée l’Europe, conjuguant unité et diversité, pour ne répondre, que d’une seule voix, à l’agression dirigée contre l’ensemble des intérêts humains et matériels du continent européen.

S’inscrire dans cette dynamique de solidarité, c’est certainement contribuer au développement de l’indice d’attractivité que les citoyens européens pourront ressentir à l’égard des valeurs de l’Europe et à leur sentiment d’appartenance à cette terre qui prend dorénavant le parti de protéger leurs personnes et leurs biens partout où ils se trouvent dans le monde.

ME. : On sent chez vous la volonté d'aller vite avec ce dossier ?

JLM: A cause de la multiplication des menaces, des tentatives de déstabilisation de certains points du globe et des divers conflits régionaux (Proche et Moyen-Orient, …), conséquences regrettables d’une politique de dérive extrême et de chaos lancée par le terrorisme international ou par les mouvements intégristes qui prennent le pas sur l’entente et le dialogue entre les nations se jouant de la souveraineté de celles-ci, une réflexion s’imposait à ce niveau de la problématique réactive de l’Europe, face aux situations d’urgence qu’enregistre, de plus en plus fréquemment, l’histoire quotidienne de notre planète, entraînant dans ses querelles, la présence d’expatriés européens ou de citoyens de l’Europe ayant choisi, depuis plusieurs générations, de s’établir dans ces points du globe, devenus, depuis, des points de friction et d’insécurité.

Une initiative européenne, un pas, vers une prise conscience de « citoyenneté européenne »
Cette réflexion se voudrait aussi une recherche de cohérence entre le fait d’être Européen et celui de réagir en européen, sans subir les lourdeurs d’une administration lente à la décision et à la réponse possible grâce à la constitution d’un fonds de solidarité exceptionnel et occasionnel.

Ce facteur temps, si précieux face aux dangers et à l’urgence, sépare bien souvent la décision de l’action et entraîne par cette distance un « yatus » qui compromet la mécanique « intention – décision » et peut faillir à la véritable efficacité de l’action à entreprendre.

Cette réactivité immédiate de l’Europe, rendue possible par un schéma sécuritaire évolutif et adaptable aux situations d’urgence appuyé par un fonds permanent de solidarité, disponible à tout instant, entraîne une évolution responsable de l’engagement du citoyen européen dans son attitude vis-à-vis de l’identité continentale, contribuant ainsi à la réalisation concrète du sentiment d’appartenance à l’Union.

Cette réflexion se veut donc européenne, certes, car elle concerne, au premier chef, des citoyens européens ambassadeurs à travers le monde de leur continent dans la diversité de leurs pays, de leurs cultures et de leurs langues, puisqu’ils résident hors des frontières de l’Europe, eux qui, jusque là, n’ont aucune réserve sécuritaire les confortant et les protégeant au sein de la communauté européenne ou des structures étatiques de l’Union, telles que réfléchies jusqu’à ce jour, pour leur venir en aide ponctuellement et dans l’urgence lors d’un conflit soudain, d’une catastrophe naturelle ou écologique, d’un acte de guerre ou de terrorisme, subit par eux, hors de frontières de l’Europe.

Ce projet souhaite éveiller aussi dans l’esprit de chaque citoyen européen, qu’il soit résident dans un pays tiers ou au sein d’un pays de l’Union, une nouvelle approche, proprement européenne, dépassant les a priori de nationalité et les divergences de famille politique et ethnique pour répondre solidairement et fermement aux divers dangers qui peuvent menacer l’ensemble des ressortissants des pays européens pour qu’ils ne retiennent à travers cette réaction, que leur seule cohésion à cette réalité de nos jours encore difficile à conjuguer au temps de l’unité citoyenne qu’est l’Europe.

En un mot, éveiller face aux dangers, une réaction de citoyen européen, à part entière, où qu’il puisse se trouver dans le monde, puisque l’Europe répond enfin dans l’instant et en réaction efficace et immédiate aux dangers qu’il affronte et à son appel de détresse.

l’Europe répond enfin dans l’instant et en réaction efficace et immédiate aux dangers qu’il affronte et à son appel de détresseEn effet, pour reprendre les dernières lignes du rapport préliminaire repris dans la Suggestion de la commission de l’Union européenne au Sénat Français : « L’Union Européenne doit aujourd’hui se doter d’une nouvelle dimension pour pouvoir exister en chacun de ses citoyens. Cette dimension n’est plus monétaire, elle n’est plus parlementaire et administrative, elle n’est plus juridique et transfrontalière, l’Union Européenne doit se doter d’une dimension « émotionnelle ». Sachons créer l’Emotion d’être Européen, et nous aurons réussi à créer l’Europe dans toutes les richesses de ses différences. Donnons un cœur à l’Europe, pour qu’il batte au rythme de la solidarité entre les peuples qui la composent – alors l’identité, si longtemps recherchée, naîtra de l’évidence. »

 

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