M.E.: Que dire du Liban aujourd'hui ?
JLM : Succédant aux heures sanglantes et aux chaos de l’été dernier, la situation, qui prévaut actuellement au Liban, est pour le moins préoccupante, autant pour les habitants de ce pays, que pour tous les ressortissants Européens - les 17.800 Français en tête - qui y résident de façon permanente.
En effet, cette communauté de Français du Liban, fait partie intégrante de ce kaléidoscope de diversité d’ethnie et d’appartenance dont est constitué le Liban, au même titre que bon nombre de ressortissants européens qui y ont élu domicile plusieurs décennies.
Les combats de juillet et août entre Israël et le Hizbollah, interrompus à la mi-août par la résolution 1701 des Nations Unies, largement inspirée par la diplomatie française, ont cédé la place depuis quelques mois à un climat de tiraillement et d’exacerbation politique, reléguant au second plan, les soucis de la reconstruction, créant ainsi un gel total du secteur des affaires, proche d’un état de léthargie, voire d’immobilisme économique.
L’éditorialiste du quotidien d’expression française « l’Orient le Jour », le précise en ses termes « jamais auparavant les clivages locaux n’auront reflété, avec autant de terribles acquittés, le choc des volontés extérieures. Ce minuscule pays est aujourd’hui la scène et l’enjeu d’un double et gigantesque défi ». Querelles importées d’un Iran persan et chiite, dont l’acteur local n’est autre que le Hizbollah contre un environnement arabe et sunnite, l’Arabie Saoudite en tête, présent à travers le deuxième pouvoir du pays, c’est-à-dire le gouvernement libanais légitime et son premier Ministre Fouad Siniora.
Cette déstabilisation du Liban « annihile sûrement et simplement l’unique régulateur de la paix civile, le seul instrument d’équilibre intérieur : à savoir, le fonctionnement normal des institutions étatiques, quand bien même seraient-elles imparfaites ». Et c’est un paysage proprement lunaire qu’offre aujourd’hui le Liban institutionnel :
- D’une part, un président de la république (chrétien), dont la reconduction du mandat présidentiel orchestrée par la Syrie est purement anticonstitutionnelle. Celui-ci est barricadé dans son palais de Baabda et se refuse à démissionner ou à participer positivement à l’acte politique du pays.
- D’autre part, au Sérail, en plein Centre Ville de Beyrouth, lui aussi barricadé, un gouvernement issu pourtant d’un exercice de démocratie parfaitement légal, issu aussi d’une large majorité parlementaire, et assuré de surcroît du soutient d’une très grande partie de l’opinion locale et internationale, avec à sa tête, le président du conseil sunnite, Fouad Siniora.
Enfin, autour de ce même sérail, les démonstrations de foules à l’appel du Hizbollah (chiite), minorité qui s’arroge le rôle et le statut de majorité, qui exige le contrôle de l’Exécutif par l’obtention d’un droit de veto pouvant geler toute action politique conjuguée, et se prévalant pour cela d’une assise populaire, en tout point respectable, mais qui ne l’autorise en rien à bouleverser la règle du jeu et l’équilibre fragile des composantes libanaises.
Et c’est dans ce contexte pour le moins explosif, où toutes les sagesses se sont tues, où toutes les opinions se sont exacerbées et où tout, y compris le pire, peut advenir ; et ce pire a été évité de justesse en ces journées du 23 et 25 janvier 2007 qui ont fait transparaître un état de chaos, dangereusement proche d’un coup d’état avorté, puisqu’une large majorité silencieuse de la population libanaise s’est trouvée prise en otage par une minorité de manifestants à la solde des intérêts de certains états de la région … c’est dans cet état d’insécurité aigu que le Liban vit aussi la situation économique la plus néfaste de ses 30 dernières années.
« En effet la situation s’est considérablement détériorée, notamment depuis le début du mois de décembre, dans les deux grandes villes de Beyrouth et de Tripoli. Une opposition minoritaire au sein du gouvernement, mais très organisée et très virulente dans la rue, tente par de grandes manifestations et des discours enflammés, de renverser un gouvernement légal constitutionnel, soutenu au plan international par tous les pays démocratiques. Le pays est divisé en deux et le peuple libanais a le sentiment d’être pris en otage. Des Musulmans s’opposent à d’autres Musulmans, des Chrétiens à d’autres Chrétiens. La déchirure est dans la rue mais aussi dans les universités, les lycées, les écoles. Le Centre Ville est déserté. Les commerçants sont au bord de la Faillite, l’administration et les institutions sont paralysées ».*
Beaucoup de nos compatriotes se sont subitement retrouvés au chômage et bon nombre de ceux qui travaillent encore, ont vu leur salaire diminuer de moitié, en raison des difficultés auxquelles les sociétés font face depuis près de 7 mois (juillet 2006) et ce, dans l’ensemble des secteurs d’activités du pays. Même le secteur alimentaire, qui est pourtant un vecteur stable non fluctuant, est atteint par la même déstabilisation.
Il en résulte une paupérisation galopante de l’ensemble de la population et une émigration massive de tous les citoyens actifs et notamment les plus jeunes d’entre eux qui choisissent, pour survivre et subvenir aux besoins de leur familles, de voyager et de s’établir dans les pays du Golfe et l’Arabie Saoudite qui offrent encore un marché florissant dans les secteurs hôteliers et bancaires florissant dans lesquels les libanais sont particulièrement brillants.
« Quant au Liban Sud, principalement touché par la guerre de juillet août derniers, l’arrêt des hostilités décrété le 24 août, s’est transformé en un véritable cessez-le-feu, la situation demeurant parfaitement calme depuis cette date.
Les contingents de la nouvelle Finul se sont mis en place de manière imposante pour ce qui concerne les Français, et les Italiens, plus réduite mais tout aussi efficace pour les Belges, les Espagnols, les Portugais, les Indiens, les Népalais et les Turcs. Travaillant dans une totale coopération et dans la plus grande discrétion, ces contingents se sont faits admettre par une population très réservée au début de leur déploiement mais désormais plus confiante et plus rassurée. Au niveau des villages et grâce à l’aide humanitaire gouvernementale et privée de la part des associations et des ONG, la reconstruction se poursuit, lentement, mais sûrement, ainsi que le déminage et la récupération des bombes à sous munition. La Finul, toutes nationalités confondues, travaille bien et obtient des résultats. La paix semble être revenue dans cette portion du territoire ».*
Au lendemain de la conférence PARIS 3 qui a assuré un important appui économique international au Liban, la dette extérieure du pays atteint malgré tout des sommets difficiles à contrer (près de 44 milliards d’US. Dollars). D’autre part, l’état d’insécurité du pays est encore latent, malgré le sentiment de trêve momentané vers lequel les belligérants semblent se diriger. Les dangers d’une reprise de manifestations ou de tout autre acte de déstabilisation intérieure, peuvent être aussi soudains que mobiles et obligent donc à une vigilance de tous les instants car aucun des problèmes de fonds ne s’est vu, à ce jour, aborder dans l’optique d’une solution viable à moyen et long termes, malgré les différentes amorces de mission de bons offices, tant du côté des pays européens que de la part de la Ligue des états arabes.
Enfin la formation du tribunal international, mise en place pour élucider les nombreux crimes et attentats qui se sont succédé tout au long de ces 2 dernières années et qui trouvent une opposition farouche de la part du gouvernement syrien et de toutes les fractions libanaises prosyriennes, ajoute au climat d’incertitude ambiant.
Ce pays tant envié pour son histoire, sa culture, son climat, la convivialité de son peuple et la richesse de ses différences, se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins d’un avenir qui pourrait compromettre la fragilité des équilibres antérieurs et déboucher vers une inconnue difficile à cerner à la lumière de la radicalisation de certains états d’esprit et des précipitations que l’on pourrait craindre dans les prochaines semaines.
* Question d’actualité posée par le conseiller Marcel Laugel au cours de la séance plénière de l’AFE à Paris en décembre 2006.
POUR EN SAVOIR PLUS, la Suggestion de l’ASSEMBLEE DES FRANÇAIS DE L’ETRANGER au SENAT FRANÇAIS …
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