RENCONTRE AVEC JEAN-PIERRE JOUYET
JEAN-PIERRE JOUYET NOUS PARLE DE LA PRESIDENCE FRANCAISE DE L'UNION EUROPEENNE.
Dans le cadre de la Présidence Française de l’Union Européenne au second semestre 2008, le MRI a organisé conjointement avec le CFE-Club Français pour l’Europe, une conférence-débat avec le Secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, Jean-Pierre JOUYET ce lundi 7 avril à Bruxelles. Plus de 200 personnes ont répondu présent à l’invitation ce qui démontre, contrairement aux propos souvent entendus, un réel intérêt pour la politique européenne et son devenir.
Dans son allocution de bienvenue, Anne MONSEU-DUCARME, Présidente du CFE, a insisté sur l’importance de cette rencontre la France allant être «en première ligne des travaux européens età l’avant-poste de la responsabilité politique pour l’Europe, dans des mois cruciaux qui verront la ratification du Traité de Lisbonne et son entrée en vigueur le 1er janvier 2009.»
Anne MONSEU-DUCARME a également posé le canevas de la rencontre en soulignant les points qui lui paraissaient faire débat à savoir «Quelle est l’ambition de la France? Quelle marque entend laisser notre pays? Quelles politiques seront finalement retenues pour la Francepour donner une impulsion nouvelle à la construction? Face aux mises en garde exprimées par plus d’un observateur sur les risques d’une «Présidence Française arrogante», quelle sera la méthode de présidence européenne activée par la France? L’idée de la mise en œuvre d’un chantier de réformes économiques, financières et sociales à l’échelle de l’Europe est-elle envisagée dans un moment critique pour la croissance et à l’heure où la France semble avoir du mal à satisfaire aux critères européens d’équilibre budgétaire? Il s’agit de questions qui intéressent les Français de Belgique mais aussi nos amis Belges et Européens» a soulignée la Présidente du CFE, également conseiller élu à l’Assemblée des Français de l’Etranger et Rapporteur de la Commission UE de l’AFE.
Avant de céder la parole à Jean-Pierre JOUYET, Anne MONSEU-DUCARME s’est également réjouie de la prochaine organisation par l’Assemblée des Français de l’Etranger à Paris, le 30 septembre 2008, de la première rencontre des Représentants des 27 Etats membres des Européens établis hors de leur pays d’origine. «Nous pensons que les Expatriés sont des Européens en mouvement, qui participent au mouvement pour l’établissement d’une citoyenneté européenne. C’est dans cet esprit que nous aborderons à Paris ces questions qui les concernent directement: d’une part, mieux protéger le citoyen européen et d’autre part, mieux vivre l’Europe de la justice et de l’administration. Personnellement, je souhaite que cette journée du 30 septembre se clôture par l’adoption d’un document appelant à l’élaboration d’une politique européenne pour les Européens établis hors de leur pays d’origine» a précisé Anne MONSEU-DUCARME.
Lors de son allocution, le Secrétaire d’Etat français Jean-Pierre JOUYET a clairement placé la Présidence Française sous le signe du «Retour» de la France en Europe après avoir été quelque peu éclipsée de la scène européenne suite au «non» survenu lors du référendum sur la Constitution européenne. La Présidence Française est attendue car elle va s’exercer à un moment très particulier de l’agenda européen et international.
En effet, l’année 2008 verra la ratification du Traité de Lisbonne par les 27 Parlements des Etats membres. Ce Traité représente la véritable pierre angulaire du devenir européen et porte les germes d’avancées institutionnelles majeures. En outre, cette année est également marquée par de multiples soubresauts de l’économie internationale et des marchés financiers qui poussent l’Europe et la BCE à intervenir. A ce titre, Jean-Pierre JOUYET a rappelé qu’on ne pouvait pas faire abstraction de cette situation financière et que « la France resterait vigilante et insisterait pour que la Commission adopte d’avantage une position en faveur d’une meilleure régularisation des marchés, d’un meilleur contrôle des institutions bancaires et surtout que l’Euro devienne réellement un levier diplomatique fort. Concernant les finances publiques, nous pouvons continuer à fonctionner avec le compromis de 2004 par rapport aux critères de Maastricht qui introduit d’avantage de flexibilité par rapport aux choix des outils économiques quand l’économie est faible et une politique économique plus rigoureuse quand les indices sont au vert. Pour le reste, il est toujours salutaire de travailler en vue d’améliorer la gestion des dépenses publiques.»
D’un point de vue international, ces prochains mois seront marqués par la fin de l’Administration Bush et l’arrivée d’un nouveau résident dans le Bureau Oval mais aussi d’un ensemble de sommets capitaux en faveur de l’approfondissement du dialogue entre l’Europe et la Russie mais également entre l’Europe et les puissances émergentes à l’instar de la Chine ou encore du Sud est asiatique. Ces dialogues sont essentiels pour préserver la stabilité européenne tant aux frontières directes, notamment via la Politique Européenne de Voisinage, qu’avec nos partenaires plus lointains. Ainsi Jean-Pierre JOUYET a annoncé que la Présidence Française commencerait par un sommet consacré à l’Union pour la Méditerranée regroupant les 27 Etats membres et les 12 pays méditerranéens. Ce sommet portera essentiellement sur la gouvernance et tentera de rééquilibrer le processus de Barcelone mis en place en 1995. «La volonté française est de donner plus d’égalité dans ce partenariat Nord/Sud, de développer des possibilités de financements publics et privés mais surtout, à la différence du Processus de Barcelone, de développer des projets concrets favorisant la coopération entre les pays». Le Secrétaire d’Etat a d’ailleurs tenu à rajouter que «L’Union pour la Méditerranée n’était en aucun cas une échappatoire aux discussions normales devant avoir lieu avec la Turquie.»
A ce propos, le Secrétaire d’Etat a pointé les 4 axes prioritaires de la Présidence
Française que sont la Défense, le changement climatique et l’énergie, l’Agriculture et l’Immigration. «Si l’Europe veut peser sur la mondialisation, elle se doit de développer un modèle de développement durable efficace. L’Europe se doit d’être exemplaire pour montrer l’exemple à ses partenaires tout en insistant sur l’importance de maintenir la compétitivité des entreprises européennes et l’emploi» souligne le Secrétaire d’Etat. Quant au dossier relatif à l’immigration, le Secrétaire d’Etat a annoncé que la France proposerait un Pacte sur l’immigration et le droit d’asile. «Depuis de nombreuses années, l’Europe est confrontée à un grave problème démographique qui représente un risque majeur pour son avenir. A l’heure d’aujourd’hui et selon les prévisions à moyen terme, l’Europe est en déclin démographique par rapport à tous les autres continents du monde. Ce déclin peut, à terme, devenir un frein à la croissance et au développement européen. Nous devons donc réfléchir à un cadre permettant de renforcer l’immigration légale et développer une meilleure politique d’intégration. A côté de cela, il est important de favoriser d’avantage l’essor de la formation et du développement dans les pays d’émigration» souligne le Secrétaire d’Etat.
«Parce que la mondialisation doit se concevoir comme une opportunité et non comme une menace» pour reprendre les termes de Jean-Pierre JOUYET, la France insistera également sur la lutte contre l’exclusion sociale et la pauvreté ainsi que la mobilité des jeunes notamment via l’approfondissement des programmes Erasmus et Leonardo.
Le Secrétaire d’Etat a également rappelé que le volet Défense serait également une priorité de l’agenda français d’autant plus que la France et le Royaume-Uni portent ensemble les 2/3 des efforts européens en matière de Défense et de Sécurité. Dans le contexte particulier du 60e anniversaire de l’OTAN que les Alliés viennent de célébrer lors du sommet de Bucarest, la volonté de la France est de développer une politique de Sécurité et de Défense complémentaire au rôle joué par l’OTAN. Selon Jean-Pierre JOUYET, «il est essentiel de jouer sur cette complémentarité notamment en matière de programmation, de troupes, de moyens et de planification.»
« La Présidence Française sera collective, modeste, au service des citoyens et de l’intérêt général et dont le but sera d’avancer sur des dossiers très concrets. Le programme est chargé, le gouvernement connaît ses responsabilités et souhaite mettre son engagement européen au service de l’intérêt collectif pour réaliser une nouvelle étape dans cette aventure unique qu’est la construction européenne» a conclu Jean-Pierre JOUYET.
Suite à la conférence de Jean-Pierre JOUYET, le débat était animé par Daniel DUCARME et s’est centré sur quelques problématiques actuelles telles que le programme EuroMed, la sécurité et la défense européenne, le respect du pacte de stabilité, l’Europe «verte» et l’élaboration d’un plan pour le développement durable, l’immigration ou encore l’Union en tant qu’acteur sur la scène internationale etc.
Egalement présent au débat, le nouveau Secrétaire d’Etat belge aux Affaires étrangères, Olivier CHASTEL. Ce dernier a insisté sur le fait que «vu l’importance des dossiers mis en exergue par la Présidence française, à l’instar de la politique d’immigration, l’énergie ou les changements climatiques, ces dossiers continueraient d’être traités et suivis par les Présidences tournantes suivantes à savoir la Hongrie, l’Espagne et la Belgique en 2010.» Olivier Chastel a également précisé que «la présidence Française sera utile et ambitieuse. 2008 est une année fondamentale, 2009 sera une année de transition et 2010, sous présidence belge, l’année où le Traité sera réellement mis en pratique, notamment suite aux élections européennes.»
Il a également rajouté que la Présidence Belge sera très attentive à la problématique des transfrontaliers et que cette problématique des transfrontaliers belges et français avait d’ailleurs déjà été évoquée par les deux Secrétaires d’Etat. Beaucoup reste néanmoins à faire d’un point de vue fiscal mais Olivier CHASTEL souhaite concrétiser ce dossier pendant la présidence française. A ce titre, le Secrétaire d’Etat s’est félicité que «le MR, via l’action du MRI et de son Président Daniel DUCARME, ait la volonté de garder le contact et de mettre à l’honneur les Belges expatriés à l’étranger. Les expatriés, quelque soit leur pays d’origine ou leur pays d’accueil, sont les symboles d’une citoyenneté active et de l’importance de la mobilité grandement facilité par les desseins européens.»
Actualité internationale oblige, Olivier CHASTEL s’est dit«déçu, espérant une réponse forte, commune aux 27 Etats membres et espérant que la période qui nous sépare du 8 août, date de la cérémonie officielle d’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, soit mise à profit pour trouver et soutenir une position commune.»
Concluant le débat, Daniel DUCARME, Président du MRI, a rappelé que le Traité de Lisbonne était en phase de ratification et que de nombreux Parlements nationaux devaient encore l’adopter. «Le Traité réformateur de Lisbonne ne comble pas tous nos espoirs d’approfondissement du processus d’intégration européenne. Il est cependant plus qu’un signe de déblocage et nous devons y répondre vite et fort en faisant en sorte que ce Traité Réformateur soit adopté le plus vite possible dans chaque pays et qu’il puisse comme prévu être mis en application le 1er janvier 2009».
Daniel DUCARME a également plaidé pour «un rapprochement essentiel et utile entre le citoyen et les institutions européennes.» Selon le député de Bruxelles, «la relance citoyenne de l’Europe passe par la nécessité d’un meilleur contrôle parlementaire tant national qu’européen.
Il prend pour preuve, la place importante laissée à la Politique européenne de Sécurité et de Défense qui fournit réellement à l’Union le cadre approprié et utile pour sa politique extérieure.
«La Défense et la Sécurité sont sans doute les deux meilleurs exemples de ce besoin de renforcer les liens. En effet, si les gouvernements des pays membres veulent que leurs citoyens continuent de penser que l’Union est utile pour leur sécurité et leur avenir, il faudra que les thèmes cruciaux et les politiques européennes capitales à l’image des volets Défense et Sécurité soient régulièrement réexaminés, révisés mais surtout explicités, de manière à ce que l’Union Européenne puisse rester à la hauteur des attentes des citoyens. En matière de défense et de sécurité par exemple, cela ne pourra se faire qu’en se basant sur 5 piliers essentiels qui sont la nécessité pour l’Europe de donner une valeur doctrinale au Traité de Lisbonne, la conciliation entre assistance mutuelle et défense mutuelle, l’évolution progressive de la coopération renforcée à la coopération structurée permanente, la clarification indispensable du partenariat entre l’UE et l’OTAN et l’émergence d’un marché européen de l’armement. Ces cinq piliers sont le véritable fondement sur lequel l’Europe doit fonder sa sécurité et sa défense. Tout le reste vient en déclinaison, de l’engagement de nos forces dans le monde dans un commandement intégré, à notre protection contre le terrorisme en passant par notre souci affirmé de contribuer à une meilleure gouvernance mondiale.» souligne Daniel DUCARME qui est également Député à l’Assemblée parlementaire de l’Union de l’Europe Occidentale et Rapporteur pour l’année 2008 de la Stratégie Européenne de Sécurité.

«Dans des domaines aussi sensibles et aussi symboliques, si on fait l’économie d’un contrôle fort alors jamais nous ne pourrons mobiliser les citoyens. Le contrôle démocratique est capital. A partir de maintenant, le volet institutionnel touche à sa fin, il est dès lors nécessaire de se consacrer à l’élaboration de politiques ambitieuses et claires qui intéressent directement les citoyens.» souligne Daniel DUCARME.
En guise de conclusion du débat, Daniel DUCARME s’est félicité de l’organisation à Paris le 30 septembre prochain de la première rencontre des Représentants des 27 Etats membres des Européens établis hors de leur pays d’origine."La mobilité au sein des pays de l’Union et l'émergence progressive d'un espace politique, économique et social commun contribuent au rapprochement entre les citoyens et les institutions européennes. Cette tendance est importante, notamment pour les jeunes, afin d’atteindre une mobilisation forte et utile pour le soutien aux politiques européennes présentes et à venir!» a indiqué le député de Bruxelles.