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Le message d'ANTOINETTE SPAAK pour les 50 ans de l'EUROPE !

 

Le 25 mars 1957, il pleuvait à verse sur Rome. A la fin de la matinée, les cloches de toutes les églises sonnèrent à toute volée: les Traités de Rome étaient signés au Capitole dans la salle, merveilleuse, des Horaces et des Curiaces. Pendant les jours qui précédèrent cet événement, les murs de la ville éternelle avaient été couverts d’affiches annonçant le grand événement à la population.

Paul-Henri Spaak, Ministre des Affaires étrangères, y prononça  un discours exprimant le caractère exceptionnel de cette journée: «Cette fois, les hommes d’Occident n’ont pas manqué d’audace, et n’ont pas agi trop tard. Le souvenir de leurs malheurs, et peut-être aussi de leurs fautes semble les avoir inspiré. (…) Ils ont fait une grande chose et ils l’ont faite, ce qui est remarquable et peut-être unique, en répudiant tout usage de la force, toute contrainte, toute menace. C’est cela, ce seul appel à l’intelligence, à la sagesse, à la solidarité qui donne son véritable aspect à notre œuvre. C’est en cela qu’elle est vraiment de notre temps: une manifestation éclatante des richesses d’une civilisation au passé si lourd de grandeur que, tout à coup, une prise de conscience nouvelle le fait apparaître si plein de jeunesse, d’espoirs et d’avenir.»

Rome et ses cloches, le Capitole, la salle des Horaces et des Curiaces, la signature d'un Traité qui marque une aube nouvelle pour une Europe à peine remise de deux guerres affreuses dont la dernière a tué 50 millions de personnes et a révélé l'horreur absolue, l'indicible, des camps de concentration.

Jacques Delors, ancien Président de la Commission européenne nous rappelait, lors d'un discours, prononcé au Sénat, que l'analyse des difficultés que connait l'Europe aujourd'hui était iimpossible sans la connaissance des événements qui ont marqués l'histoire de la construction européenne pendant ces 50 ans, parcourus et jalonnés de succès et de défaites. Dans le cadre de ce message, je me limiterai à une seule illustration de ce principe. Nous sommes en 1954: l'Assemblée nationale française, à une courte majorité, rejette la ratification d'un traité iinstaurant une communauté européenne de défense (CED).

L'échec est cruellement ressenti dans les 5 autres pays dont les parlements avaient accepté ce nouveau pas en avant après le succès de la Communauté européenne du Charbon et de l'ACIER (CECA). Le découragement sera de courte durée: deux thèses vont s'affronter concernant la "relance": la première, prudente défend un aménagement du traité CECA, l'autre audacieuse propose un marché commun étendu à l'ensemble de l'économie des 6 pays fondateurs. Et cela a réussi!

Nous sommes en 2006. L'Europe compte 25 Etats membres. Le fonctionnement des institutions doit être adapté à cet élargissement. Celui-ci, déjà prévu en 1957 dans le préambule du Traité de Rome est une obligation morale et politique indispensable à un équilibre économique, social et politique de l'Union.

Un traité constitutionnel est élaboré par des représentants des gouvernements nationaux, des parlements des Etats, du Parlement européen, de la Commission européenne, avec la participation des pays demandant leur adhésion, sous la présidence de l'ancien président de la République française, Valéry Giscard d'Estaing. Cet énorme travail, parfaitement démocratique, a abouti à un texte adopté par l'ensemble des gouvernements et ratifié par les parlements- la France et les Pays-Bas organisent un referendum et le non l'emporte dans ces deux pays- La crise est profonde et se prolonge.

L'expérience de celle de 1954 devrait inciter à nous montrer audacieux au moment où la situation dans le monde exige une Union européenne forte, capable de défendre des valeurs sociales et culturelles, en particulier au sein de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC).

La proposition de Jacques Delors de renforcer le texte constitutionnel déjà accepté par 18 pays sur 27 par un protocole social sage et raisonnable, qui permette de donner aux opinions publiques une image plus équilibrée de l'Europe est une des voies possibles. Elle est renforcée par la" réflexion" de Jean-Claude Junker, Premier ministre luxembourgeois, menée au sein de l'Eurogroupe sur une meilleure distribution de la croissance.

Quant au Parlement européen, la commission des Affaires constitutionnelles, convaincue que le Traité constitutionnel continue à bénéficier d'un soutien très majoritaire des Etats membres et que sa ratification est indispensable pour la cohésion de l'Union européenne élargie, prépare une nouvelle résolution à soumettre en session plénière avant le Conseil européen de juin.
Cet ensemble de propositions, qui reflète une volonté politique évidente de sortir de la morosité et de l'immobilisme, il sera impossible de refuser aux Etats déterminés à "aller plus vite et plus loin", la possibilité de constituer comme pour l'Euro une coopération renforcée: annoncer un projet et le proposer à tous.

Si certains le refusent, les autres progressent sans eux en gardant grand ouvert l'accès au nouveau système. Les célébrations du 50e anniversaire des Traités de Rome ne doivent pas être une réflexion morose sur nos difficultés mais au contraire un nouvel élan vers une Union plus forte, sans cesse plus étroite.

 

Antoinette SPAAK


 

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