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CRISE ALIMENTAIRE:

La faim dans le monde: Un défi pour le XXIe siècle

 

 

Pendant la crise financière globale que nous traversons, la crise alimentaire reste d'une cruelle actualité mais loin des projecteurs. Les chiffres sont éloquents:  près de 923 millions de personnes sont victimes de la faim dans le monde en 2008, selon la FAO, l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Même si personne ne réfute l’utilité capitale des décisions des différents gouvernements pour réguler la crise financière actuelle, les chiffres de la faim dans le monde sont là aussi parlant. Alors que les pays développés prévoient d’injecter jusqu’à près de 3 000 milliards d’euros dans le sauvetage du système bancaire et financier de la planète, 1 % de ce montant- décidé en moins d’un mois - suffirait à sortir l’humanité de la faim. «Il ne faudrait investir que 30 milliards d’euros par an pour assurer la sécurité alimentaire d’une population qui atteindra 9 milliards en 2050», déclarait Jacques DiOUF, Directeur de l'Organisation pour l'agriculture et l'alimentation dans le journal Libération du 8 octobre dernier.

Partout aux quatre coins du monde, les émeutes de la faim se multiplient. La raison? Une hausse de 45% du prix des denrées alimentaires en à peine neuf mois. Une situation qui devrait s'aggraver dans plus d'une trentaine de pays selon la FAO, l’instance de l'ONU pour l'agriculture et l'alimentation, qui évoque «la crise alimentaire la plus grave depuis quinze ans» et prévoit une hausse de 56% de la facture céréalière pour les pays pauvres en 2008. Le blé, le riz, l'huile, le lait… tout a augmenté dans des proportions dramatiques que dans des pays où l'on vit déjà en majorité avec 1 ou 2 dollars par jour. Au-delà de la tragédie en elle-même, les émeutiers de la faim menacent aussi la paix et la sécurité dans des États souvent fragiles. Haïti  ou certains pays africains en sont le triste exemple.

Les causes de la hausse des prix de l’alimentation sont multiples: l'industrialisation de certains pays en développement, la croissance démographique non maîtrisée, les changements climatiques ou encore les biocarburants, la richesse croissante de certains pays émergents induisant des modifications dans le choix des aliments ne font que tirer les prix à la hausse. Ainsi, parce que l'on consomme plus de viande et de produits laitiers, donc qu’on a besoin d’un bétail plus nombreux-devant aussi être nourri- : la production de céréales devrait augmenter de 2,6% cette année, mais la demande est telle que les stocks, à leur plus bas niveau de puis un quart de siècle, n'arrivent plus à se reconstituer. A titre d’exemple, nourrir 60 milliards d’animaux à viande chaque année revient à produire autant de céréales que pour 4 milliards d’habitants.

S'ajoute à cela le fait que le blé ou le riz ne sont plus seulement des produits agricoles, mais parfois des produits financiers tout court. A la bourse de Londres, sur les seuls mois de janvier et février de cette année, le volume des contrats à terme sur l'ensemble des matières premières a augmenté de 65% par rapport à la même période en 2007 et la demande continue d’exploser. Si bien que l’ONU évoque le nombre d’ 1,2 milliard d'êtres humains qui pourraient avoir chroniquement faim d'ici à 2025.

 En 2003, la FAO estimait à 815 millions de personnes souffrant de la faim.  Année après année, ce chiffre était en régression et ce, en moyenne de 6 millions par an.  Certes, beaucoup restait à faire mais néanmoins des progrès constants étaient enregistrés et on se prenait à espérer de réduire de près de moitié la pauvreté dans le monde à l’horizon 2015-2020. Autant dire que depuis 2008, cette échéance est devenue un vœu pieu, pour ne pas dire une chimère.

Sur fond de spéculation, l’explosion de la demande en  biocarburants, les sécheresses ou les inondations liées au changement climatique ont fait que le prix des denrées alimentaires a explosé de façon quasi exponentielle. Plus 50 % depuis le début 2008, après 24 % en 2007, 12 % en 2006… Cette inflation galopante depuis 2002 est la plus forte depuis le début des années 1970, qui avait conduit à des famines épouvantables. Or dans le même temps,  l’aide alimentaire provenant des pays riches ou des organisations internationales est à son plus bas niveau allant même à faire dire au PAM, le Programme alimentaire mondial que nous sommes en présence «de tsunami silencieux». En outre, l’ensemble des pays européens qui avait promis de graduellement mener à 0.7% le budget pour la Coopération et Développement a également du plomb dans l’aile. Pourtant une récente étude vient de démontrer que l’espérance de vie entre riches et pauvres dépassaient désormais les quarante ans.

Dans son rapport sur l’état de l’alimentation et de l’agriculture en 2008, la FAO a demandé la révision des politiques liées aux biocarburants afin de préserver les terres arables et donc cultivables. En effet, la production d’agrocarburants a plus que triplé entre 2000 et 2007 et correspond désormais à près de 2% de la consommation mondiale de combustibles pour le transport, soit autant de terres non utilisées pour la culture des céréales d’autant plus que cette croissance devrait se poursuivre. En effet, la demande de cultures (sucre, maïs, oléagineux) destinés aux biocarburants liquides continuera de croître au cours de la prochaine décennie, voire au-delà, faisant grimper les prix des denrées alimentaires.  Même si la production d’agrocarburants peut être source de revenus et d’emplois pour les pays pauvres,  l’approvisionnement alimentaire constitue une grave préoccupation et risque à terme de déstabiliser l'économie de ces pays. En effet, les prix élevés des denrées agricoles ont déjà un impact négatif sur les pays en développement fortement dépendants des importations pour satisfaire leurs besoins alimentaires.

L’Union Européenne a également réaffirmé son soutien à l'utilisation des surplus budgétaires - les crédits non utilisés - du budget agricole de l'UE pour subvenir à la crise alimentaire dans les pays en développement. 35 pays prioritaires devraient bénéficier de cette aide.  La décision devrait être connue courant novembre 2008. L'instrument de réponse rapide à la flambée des prix alimentaires dans les pays en développement sera doté d'un 1 milliard d'euros. La Commission européenne propose que 750 millions soient débloqués en 2008, les 250 millions restant le seraient en 2009.  Cet instrument a pour objectif d’ améliorer l’accès aux produits et services destinés à l'exploitation agricole, y compris les engrais et les semences, ainsi que des mesures dites de «filet de sécurité», visant à préserver ou à améliorer la capacité de production agricole et à satisfaire les besoins en aliments de base des populations les plus vulnérables. Ce milliard d'euros s’ajoutera aux 800 millions d'euros disponibles pour 2008-2009 pour l'aide humanitaire et les crises d'urgence.

Les différentes organisations spécialisées des Nations unies (FAO, FIDA, UNICEF et PAM) ainsi que la Banque mondiale pourraient être les principaux bénéficiaires de cet instrument. Mais les députés européens ont précisé que seul 40% du milliard pourra être géré par ces organisations. La liste des entités pouvant gérer l'aide a été étendue pour y inclure notamment les ONG et les agences de développement des Etats membres. Les pays bénéficiaires seront sélectionnés compte tenu de leur dépendance à l’égard des importations de denrées alimentaires, du niveau de la hausse des prix des aliments par rapport a l'inflation, la capacité de production agricole ou encore l'instabilité politique générée par la crise comme en Haïti, en Egypte ou au Bangladesh.

 


En savoir plus:

 

Rapport de la FAO sur l'état de l'alimentation et de l'agriculture en 2008 (cliquer ici)

Cartographie des emeutes de la Faim dans le monde (cliquer ici)

 

 

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