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La Guerre de l'Eau aura-t-elle lieu?
On l'appelle Or bleu... Depuis plusieurs années ce terme prend de plus en plus son sens sans que nombre d'habitants ne se rendent compte de sa rareté et de ses difficultés d'accès. Le 5e Forum mondial de l’eau s’est ouvert à Istanbul avec en ligne de mire une urgence: le développement d’une politique mondiale structurelle afin de gérer cette ressource. Ils sont près de 15 000 provenant de 180 pays à avoir fait le déplacement. Preuve de l’urgence de la problématique.
Organisée tous les trois ans par le Conseil mondial de l'eau, un organisme basé à Marseille, cette rencontre internationale rassemble les acteurs politiques, institutionnels, économiques et associatifs du monde entier autour de la gestion des ressources. Pour sa cinquième édition, le forum s'articulera autour du thème «Surmonter les différends en matière d'eau»
Depuis le dernier sommet qui s’était déroulé à Mexico en 2006, l'accélération du réchauffement climatique, la pression démographique et la pollution ont renforcé encore d’avantage l'urgence de trouver des solutions pour garantir un partage et un accès à l'eau potable aux 6,8 milliards d'habitants de la planète. En outre, la densification urbaine des littoraux, la multiplication des mégapoles (650 villes de plus d'un million d'habitants) et sachant que dorénavant il y a plus d’habitants de type citadin que rural, l'accélération des migrations, la dégradation des sols agricoles viennent s'ajouter au problème de la raréfaction de la ressource, tant quantitativement et qualitativement.

De nombreuses régions du monde sont confrontées années après années à des sécheresses historiques… Australie, Asie du Sud-Est, Californie et d’autres régions du monde doivent mener en urgence des politiques de restriction sous peine de pénurie de l’or bleu. Une pénurie qui risque fortement d’être à la source de nombreux conflits dans les années à venir. Rien que la politique de l’eau menée en Turquie et le «chantage au robinet» exercé via les barrages Atatürk exaspèrent ses voisins libanais, irakiens et syriens.
En effet, depuis des années, l’équilibre turc est simple: au laxisme que pourrait avoir ces pays limitrophes face aux Kurdes, Ankara répond en coupant les robinets du Tigre et de l’Euphrate qui prennent leurs sources en Turquie. Depuis l’avènement de la Turquie moderne et le nouveau visage du Moyen-Orient suite à la chute de l’empire ottoman, les deux fleuves sont l'objet d'une bataille diplomatique entre la Turquie et ses voisins qui militent pour un statut "international" pour le Tigre et l'Euphrate. Sans compter l’appauvrissement des sols qui en résultent et l’expulsion de cette zone du sud de la Turquie de villages kurdes entiers immergés pour la construction des différents barrages. Les Russes sous Staline avaient déjà développé ces mêmes politiques en utilisant la construction de barrages pour inonder les derniers vestiges de la civilisation kazhare.

La question stratégique des eaux transfrontalières fera d’ailleurs partie des thématiques étudiées lors de ce forum. Le cas de la Turquie, même s’il est le plus emblématique, n’est pas unique. En Europe, de nombreux pays se partagent des fleuves comme le Rhin ou le Danube, le Nil traverse 11 pays pas toujours prêts à défendre la même ligne de conduite et le plus long fleuve du monde, l’Amazone traverse pas moins de 9 pays. Mise en place de barrages, pompages excessifs, agriculture inappropriée vorace en eau comme la culture du coton, la pollution, sont autant de fait qui peuvent perturber durablement l’approvisionnement en eau.
Sur les 260 bassins partagés dans le monde, 157 ne disposent d'aucun cadre coopératif supranational! Une convention internationale sur les fleuves partagés, qui définit des principes de gestion équitables, a été adoptée en 1997, mais elle n'est pas appliquée, faute d'un nombre suffisant de signataires.
Quant à l’Europe, tout baigne… L'agence européenne de l'environnement (AEE) a mis en garde mardi les Etats membres contre leur consommation déraisonnée en eau, laquelle entraîne de plus en plus de problèmes de pénurie susceptibles de s'aggraver avec le réchauffement climatique en cours. L’Europe vit au-dessus de ses moyens. Pourtant les alertes ont déjà été nombreuses dans le sud de l’Europe et commencent à gagner le nord.
Si le sud de l'Europe connaît des problèmes de pénuries de plus en plus sévères, ce stress hydrique augmente également dans certaines régions du nord de l'Europe, en particulier durant les mois d'été, souligne le rapport. Pour sa consommation, en moyenne, l’Européen dépense 21% pour la consommation de la population. Quelque 44% de cette eau est utilisée pour la production d'énergie, 24% pour l'agriculture, et 11% pour les besoins de l'industrie. Il y a donc urgence...
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