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Premier Khmer rouge jugé au Cambodge
Agé de 66 ans, Kang Kek-leu, mieux connu sous le surnom de «Douch» et anciennement directeur du centre de torture S-21 est un des premiers responsables khmers à être jugé. Trente ans après la chute du régime communiste, le procès de l'ancien commandant du principal centre de torture a commencé cette nuit à Phnom-Penh, devant un tribunal spécial encadré par l'ONU. Il y est jugé pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité, torture et homicide. Les juges n’ont pas retenu l’accusation d’«entreprise criminelle conjointe», empêchant ainsi l’ouverture de poursuites à un groupe de personnes ayant agi de manière coordonnée.
Ce procès, qui débattra du fond à partir de la deuxième quinzaine de mars, revêt en fait un caractère pédagogique et est censé aider à la réconciliation nationale. Le Cambodge a toujours du mal de rouvrir ses pages sombres de son histoire. Entre 1975 et 1979, soutenu par la Chine maoïste, un quart de la population cambodgienne a été massacrée. Quatre années de folie sanguinaire sous la direction de leur leader Pol Pot et de ses affidés au nom de la révolution la plus radicale au monde. Il a fallu sept ans de négociations byzantines entre l'ONU et le gouvernement cambodgien pour mettre sur pied une instruction judiciaire, puis neuf mois pour se mettre d'accord sur une centaine de règles de fonctionnement.
Contrairement aux quatre autres cadres du régime de Pol Pot sous les verrous et dont on ignore quand leurs procès sont susceptibles de s'ouvrir, Douch, lui, a avoué ses crimes. Mais il faudra attendre les débats de fond, prévus pour la mi-mars, pour percer le mystère de l'exécuteur des sales besognes de Pol Pot. Jeune professeur de mathématiques, il se rallie aux thèses révolutionnaires. Arrêté par la police de Sihanouk pour ses activités communistes, il est amnistié au lendemain du coup d'État de Lon Nol, prend le maquis et devient «Camarade Douch».
Très vite, la mécanique s'enclenche. En 1971, la responsabilité du camp n° 13, premier outil des purges internes dans l'insurrection, lui est confiée. En 1975, quand Douch est promu à la direction du centre S-21, il fait corps avec sa mission : repérer, interroger et écraser les ennemis à l'intérieur du parti. Pendant quarante mois, il supervise personnellement la mise à mort de plus 14 000 détenus et compatriotes.
Devenu ministre de la Défense des Khmers rouges, il conclut à une vaste conspiration impliquant les États-Unis, l'URSS, Taïwan et le Vietnam, dans un document intitulé «Le plan ultime». Même dans sa fuite, il finit le travail qui lui a été confié et organise une ultime purge : 4 600 personnes dans le district de Phnong, à l'ouest du Cambodge. Entre M-13, S-21 et Phnong, Douch assume au bas mot 48 000 morts.
Pendant vingt ans, Douch se volatilise. C'est un photographe britannique qui le reconnaît en 1999 dans la ville poussiéreuse de Battambang. Il est arrêté dans la foulée. Après douze ans dans les camps de réfugiés thaïlandais, Douch s'était reconverti dans les œuvres évangéliques et sillonnait les campagnes du Nord-Ouest cambodgien, une Bible à la main. Devenu Ta Pin, il était «un de nos meilleurs éléments, très respecté dans la communauté, intelligent et dévoué», mentionne un diplôme décerné par les missionnaires américains qui l'employaient. Ce procès ne doit pas faire oublier que quatre autres dignitaires Khmers rouges attendent d’être jugés. Malades, ils ont entre 76 et 83 ans. Le temps presse.
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