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Charles Taylor bientôt jugé à La Haye

 

 

Il a fait régner la terreur au Libéria pendant des années, aujourd’hui l’ancien dictateur Charles TAYLOR est poursuivi devant le tribunal international et en passe d’être jugé pour ses crimes. Le procureur du tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) Stephen RAPP a terminé la première étape du procès intenté à l'ancien président du Libéria, poursuivi pour "crimes contre l'humanité et crimes de guerre", commis entre 1996 et 2002.  Les témoignages recueillis, dont de nombreux provenant des anciens chefs de guerre alliés à TAYLOR prouvent que Charles Taylor a exporté la guerre du Libéria vers la Sierra Leone pour s'emparer des richesses diamantifères, plus connus par le grand public sous le terme diamants de guerre.  

Pour y parvenir, Taylor avait soutenu et armé les rebelles sierra-léonais du Front révolutionnaire uni (RUF). Charles Taylor a parrainé le RUF sierra-léonais de Foday Sankoh et Sam Bockarie mouvement rebelle qui fait preuve de violence extrême. À ce titre, il est accusé de crimes contre l'humanité pour extermination, assassinats, viols, esclavage sexuel, et conscription d'enfants soldats.

A la base, le tribunal spécial visait à mettre au jour les liens supposés entre le trafic de diamants et des réseaux terroristes. Aucun élément n'est apparu au procès, mais les douze premiers mois de l'affaire ont permis au procureur de démonter les rouages d'une guerre qui a fait près de 150 000 morts. Toujours selon ses témoins, le dictateur du Libéria aurait été aidé dans son entreprise par la Libye qui aurait formé et entraîné ses hommes et par le Burkina Faso.Depuis la capitale du Libéria (Monrovia), où le chef de guerre avait été élu président en 1997, les armes étaient livrées aux rebelles de Sierra Leone en échange de diamants cachés par les hommes du RUF, puis livrés à la résidence de Charles Taylor.

A l'arme lourde, les rebelles alliés de Taylor se sont emparés des zones diamantifères de Sierra Leone. A la machette, ils ont tranché les mains droites qui n'étaient pas indispensables pour extraire les pierres précieuses vendues ensuite à Anvers ou Tel-Aviv. Amputés, nombre de témoins ont juré, d'une main gauche posée sur le Coran, de dire "toute la vérité".

Charles Taylor est né d'un père américain et d'une mère américano-libérienne qui font partie de l'élite du pays le 28 janvier 1948 . À 24 ans, Taylor quitte le Libéria pour travailler et étudier aux USA et, en 1977, il est diplômé en économie. C'est durant ses études que Taylor développe un intérêt pour la politique et décide de joindre l'Union of Liberian Associations (ULA) dont il devient président national. Ce groupe dénonce le régime du président libérien de l'époque, William Tolbert. Peu de temps après, ce dernier est assassiné, victime d'un coup d'état de Samuel Doe. Doe devient ainsi président, nomme Taylor conseiller et lui confie les services généraux du gouvernement. Après avoir détourné 900 000 $ en trois ans, Taylor perd son poste et fuit aux États-Unis.

Arrêté puis emprisonné, il réussit à s'enfuir et se réfugie en Afrique afin de préparer une rébellion contre Samuel Doe. Pour ce faire, il joint le National Patriotic Front of Liberia (NPFL) et en devient leader vers la fin des années 1980. En 1989, le NPFL lance une attaque, c'est le début de la guerre civile. Rapidement, Taylor contrôle une grande partie du pays, mais un éclatement au sein du NPLF ralentit sa conquête. De fait, un de ses principaux lieutenants,Prince Johnson, se dissocie de son leader et fonde avec près de 1000 hommes l'INPLF (Independent National Patriotic Front of Liberia). Prince Johnson et ses troupes prennent le contrôle de la capitale Monrovia, et assassinent Samuel Doe. Les troupes de Taylor et Johnson s'affrontent et la guerre civile prend toute son ampleur pendant les sept années qui suivent. En juillet 1997, des élections sont tenues et Taylor est élu avec 75% des voix.

Pendant son règne à la tête de l'État, Taylor continue de combattre tous ceux qui s'opposent à son pouvoir. La répression contre l'opposition fera 150000 morts jusqu'en 1995 . Par ailleurs il suspend les libertés individuelles dans son pays et centralisera le pouvoir entre ses mains en instaurant un véritable régime autoritaire . Petit à petit, la résistance au règne de Taylor prend forme. Les troupes de Taylor subissent dans un premier temps les offensives du groupe des Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD), mouvement soutenu par les USA et par le régimeguinéen frontalier, puis par la suite, les offensives du Mouvement pour la démocratie au Libéria (MODEL), groupe constitué principalement de membres de la tribu de Samuel Doe, le prédécesseur de Taylor.

Parallèlement, sur le plan international, Taylor est de plus en plus isolé. Il s'est vu imposer des sanctions par l'ONU notamment un embargo sur les exportations de diamants de la guerre et de bois et l'interdiction de voyager pour lui et son équipe présidentielle. L'ONU avait demandé à tous les gouvernements de geler ses avoirs, ainsi que ceux de sa famille. Après un exil  au Nigeria en 2003, il fut arrêté en mars 2006 alors qu'il tentait de s'enfuir au Cameroun et extradé en Sierra Leone.

Aujourd'hui, il doit répondre de onze chefs d'inculpation de crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Il est accusé d'avoir soutenu lle RUF et le Conseil des forces armées révolutionnaires (AFRC), deux groupes révolutionnaires sierra-léonais. Il est, selon l'accusation, la figure centrale des guerres civiles qui ont ravagé le Liberia et la Sierra Leone entre 1989 et 2003 et fait près de 400 000 morts. Des milliers de personnes ont été amputées, violées et réduites en esclavage sexuel durant ce conflit largement financé par le trafic des dimants de guerre.

Le fils de l’ancien dictateur, Chuckie a d’ores et déjà été condamné par un tribunal fédéral de Floride à 97 ans de prison pour tortures et assassinats au Libéria entre avril 1999 et Juillet 2003 alors qu’ il était à la tête des services antiterroristes lorsque son père dirigeait le Liberia, de 1997 à 2003.

La seconde étape du procès, au cours de laquelle l'ancien président présentera ses propres témoins, devrait débuter au printemps. Charles Taylor devrait témoigner.

Organisé par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone, qui siège à Freetown, ce procès se tiendra à La Haye « pour raisons de sécurité ».

 

 

 

 

 

 

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