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Prague prend les rênes de la Présidence européenne
Après une Présidence française qui fut unanimement saluée pour son volontarisme et sa gestion de trois crises majeures qu’ont été le rejet du Traité de Lisbonne par l’Irlande, la crise géorgienne et la crise financière, Prague prend les rênes de l’Union pour six mois pour la première fois de son histoire. Successeur d'une présidence volontariste avec la crise financière en héritage, les défis ne manquent pas pour une Présidence Tchèque que l'on qualifie d' "imprévisible".

Prague prépare cette présidence depuis deux ans et s’est fixé trois priorités, communément appelées les trois «E» pour Economie, Energie et l’Europe et le monde. Malheureusement, Prague hérite d’une Europe en pleine crise économique et institutionnelle. Cette donnée n’est pas anodine pour un petit pays, membre récent de l’Union depuis moins de cinq ans, qui n’appartient toujours pas à la zone Euro et qui, cerise sur le gâteau, peine à ratifier le Traité de Lisbonne et pour cause, le Président tchèque est l’un de ses plus farouches opposants. Outre les trois priorités que Prague compte mettre en exergue pendant sa présidence, le Premier ministre Mirek TOPOLANEK y a adjoint une devise pour le moins libérale, «une Europe sans barrières» censée représenter les libertés fondamentales de l’Union: circulation des biens, des capitaux, des travailleurs et des services.
Une devise à la signification historique également en cette année où l'on fête le 20e anniversaire de la chute du rideau de fer.
Au vu du climat actuel tant sur le plan institutionnel qu’économique et au vu de l’agenda électoral qui voit se profiler les élections européennes le 7 juin prochain avec une nouvelle commission, Prague, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Alexandr VONDRA, a déjà prévenu qu’il ne fallait pas s’attendre à de grandes réformes d’ici là. Quant au débat sur la ratification du Traité de Lisbonne, il devrait être entamé courant février malgré l’importance de la pensée «eurosceptique» au sein du parlement tchèque.
Autre défi à relever, le président tchèque Vaclac KLAUS qui se présente comme un «dissident européen» eurosceptique. Et il y aura fort à faire. Ennemi juré des «technocrates» de Bruxelles, Le «Monsieur Non» tchèque a combattu avec acharnement toutes les dernières avancées européennes à l’instar de l’Euro, l'État-providence, le mandat d'arrêt européen, le récent plan Energie/climat, ou encore l'indépendance du Kosovo et pourfend une Europe d’obédience socialiste, interventionniste, son déficit démocratique et jugée trop fédéraliste à ses yeux. Nationaliste convaincu, il estime que la République tchèque a commis une erreur stratégique en rejoignant l’Union en 2004. Dernière provocation en date, il a annoncé que les couleurs bleues étoilées de l'Europe ne flotteront «jamais» sur le château de Prague, la résidence des chefs d'État en exercice.
Si le rôle du président tchèque est majoritairement honorifique, la constitution ne précise pas ses pouvoirs en matière de politique étrangère et il a déjà prévu de présider plusieurs rencontres et d’intervenir au Parlement européen le 19 février prochain. Il a néanmoins annoncé en couleurs en estimant «qu’il ne se passera rien, un petit pays n'a d'influence sur rien».

Il n’empêche la Présidence tchèque se tient à son slogan «une Europe sans barrières»; une Europe «qui utilise pleinement son potentiel économique, humain et culturel, et qui, par conséquent, tient bon face à la concurrence mondiale». La République tchèque se concentrera sur trois priorités, les trois «E»: l'Économie (les solutions à la crise financière), l'Énergie (la sécurité énergétique et la suite du paquet Energie/climat), l'Europe et le monde (notamment les relations avec l'Est et les Balkans). Les relations extérieures seront en effet un dossier très important au cours de ces derniers. Les Tchèques, très atlantistes, souhaitent renforcer les liens euro-transatlantiques mais aussi raviver les partenariats avec les pays des Balkans, futurs candidats à l’adhésion européenne et avec la façade Est de l’Union notamment via le Partenariat oriental avec 6 anciennes républiques soviétiques que sont l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Moldavie, l’Ukraine et la Biélorussie.
L'idée de partenariat oriental transpose à l'Est le concept d'Union pour la Méditerranée (UPM) porté à bout de bras par le Président français Nicolas SARKOZY. Les deux structures sont censées renforcer la politique européenne de voisinage, qui encadre depuis 2004 les relations de l'UE avec les pays limitrophes n'ayant pas vocation à adhérer à moyen-terme. A la différence de l'UPM, le partenariat oriental n'aura pas de secrétariat propre, mais sera intégré dans les structures communautaires, d'où il tirera l'exclusivité de son financement, et ce sous la houlette de la commissaire en charge des relations extérieures, Benita FERRERO-WALDNER.

Lors du passage de témoin entre Paris et Prague, Nicolas SARKOZY a conclu en direction de son homologue tchèque par un "Je souhaite bon courage à la présidence tchèque." Il est vrai que la Présidence tchèque inquiète les Europhiles galvanisés par une Présidence Française dynamique et active qui a su rendre à l’Europe politique ses lettres de noblesse et son volontarisme politique tant du poids de vue interne que sur la scène internationale.
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