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Rencontre avec Amaury de Saint Martin: Un Belge au Vietnam

 



 

 

  • Vous êtes actuellement expatrié au Vietnam, pouvez-nous expliquer les raisons professionnelles qui vous ont amené dans ce pays si lointain?

Les raisons sont d’abord sentimentales... J’ai visité le Vietnam à plusieurs reprises en tant que touriste. A l’occasion de l’un de mes voyages, j’ai rencontré mon épouse…Les sentiments aidants, j’ai ensuite décidé de faire le grand saut et de m’installer au Vietnam pour vivre avec elle. Lorsque j’ai décidé de partir, je savais que je quittais un poste intéressant à Paris, ma famille mais aussi mes amis. L’envie d’aller découvrir ce merveilleux pays a été plus forte même si ce choix fut loin d’être facile. Beaucoup d’amis, voire mes parents m’ont pris pour un fou et me suppliaient de rester. Je suis fier d’avoir tenu bon et ne regrette pas ce choix, sans doute le plus important de ma vie. Sur le plan professionnel, j’avais préalablement envoyé mon CV dans plusieurs enterprises. J’ai eu pas mal de chance car deux semaines après mon arrivée, j’étais engagé dans une agence conseil en relations publiques et relations presse en tant qu’ Account Director. Mon travail consistait à diriger la filiale de l’agence à Ho Chi Minh Ville (Sud du pays). J’ai très vite appris sur le tas car le métier des RP est assez différent au Vietnam qu’en Europe. Il m’a fallu pas mal de temps pour comprendre les Vietnamiens au travail mais aussi et surtout le paysage médiatique, mon travail consistant à travailler exclusivement avec des journalistes.  J’ai travaillé un an et demi dans cette agence. Après cela j’ai décidé de fonder ma propre agence conseil en relations publiques et relations presses. Celle-ci  compte aujourd’hui une dizaine de salariés. Nous avons un branch office a Hanoi et comptons en ouvrir un second a Phnom Pehn au Cambodge d’ici 2011. Nous travaillons principalement pour des sociétés internationales (Danone, Credit Agricole, Novartis, Sofitel, …) ou des bureaux commerciaux d’ambassades (Italie, Chili et Finlande).

  • Avant de vous installer au Vietnam, quel a été votre parcours professionnel et les pays dans lesquels vous avez résidé?

Avant d’arriver au Vietnam, j’ai vécu 8 ans a Paris ou j’ai travaillé dans le secteur de la communication. Apres une licence d’histoire comtemporaine obtenue à l’UCL, j’ai  souhaité continuer mes études dans les relations internationales. J’ai alors passé le concours de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris dont je suis sorti diplômé deux ans plus tard de la section communication. Entre mes deux années à Sciences Po, j’ai d’abord effectué un stage de 6 mois a l’ambassade de Belgique a Washington DC (Bureau de l’AWEX). Sciences Po nous obligeait en effet à faire un stage à l’international pendant nos études. Travailler dans une ambassade m’a permis de découvrir un environnement feutre, des gens intéressants sur le plan intellectuel mais aussi une organisation administrative lourde et kafkaienne…Après ce stage et mon diplôme en poche, l’idée d’une carrière internationale ne m’intéressait plus trop et l’envie de travailler dans le privé– en particulier dans la communication - m’attirait beaucoup plus.

J’ai  d’abord fait deux stages de longue durée en agences de publicité dont 6 mois chez Publicis et 6 mois chez TBWA. Après ces deux stages,  j’ai  intégré un cabinet de relations publiques en tant qu’ Account Executive, puis Account Manager. J’ai géré dans cette agence principalement des clients de type institutionnels et corporate dont la Banque de Developpement du Japon, la société Plastic Omnium, la Region du Piemont ou le Ministère du Tourisme de Serbie… Mon travail consistait à accroitre la visibilité de mes clients dans les médias, que ce soit la presse écrite, la radio ou la tele. Nos rapports avec les journalistes étaient bien sûr importants. Il faut les comprendre, leurs suggérer des angles pour leurs articles ce qui est parfois loin d’être facile en particulier en France où les journalistes sont souvent considérés comme des divas…

  • Quand vous avez entamé votre parcours professionnel, l'idée de vous expatrier était-elle déjà présente? Et pourquoi?

En réalité, je n’ai jamais travaillé en Belgique. Apres mes études a Paris, j’ai tout de suite commencé a travailler sur place. C’était d’abord plus facile car j’étais déjà installé depuis deux ans. Je connaissais déjà la ville en tant qu’étudiant et y rester ne me faisait pas peur. Que du contraire !  Il m’était aussi plus facile de mettre en valeur mon diplôme de Sciences Po sur le marché francais qu’en Belgique. Sciences Po Paris a plutôt une bonne réputation et trouver du travail n’a pas été difficile. Thalys aidant, je rentrais environ tous les 15 jours en Belgique pour voir ma famille et mes amis, ce qui me convenait parfaitement.

  • Comment développe-t-on sa propre entreprise au Vietnam? Quelles sont les différences et avantages par rapport à notre pays?

Il y a d’abord plusieurs manières de créer une société au Vietnam. Tout dépend également du secteur d’activité : La première manière consiste à créer une societe 100% étrangère. C’est plutôt laborieux sur le plan administratif mais permet à l’actionnaire étranger (belge ou autre) de contrôler sa societe à 100%. La seconde manière est la Joint Venture / 50-50%. C’est également difficile sur le plan administratif. La troisieme manière est la création d’une société 100% vietnamienne. La majorité des étrangers qui investit au Vietnam choisit cette voie pour plusieurs raisons. C’est d’abord plus facile administrativement. La création de la société prend ensuite moins de temps et le montant du capital à investir peut être plus réduit qu’une société 100% étrangère.  Officiellement la société est au nom d’un Vietnamien mais celui-ci peut déléguer la totalité de ses pouvoirs a un gérant de nationalité étrangère si nécessaire.

Dans mon secteur d’activité, la societe à 100% étrangère n’est pas possible en raison du travail que nous menons avec les médias qui, au Vietnam, sont strictement contrôlés par le gouvernement. Developper sa société au Vietnam est selon moi plus facile qu’en Europe. Il y a d’abord moins de contraintes administratives. L’environnement professionnel est ensuite beaucoup plus dynamique. En revanche, le Vietnam est un environnement très différent. Autre culture, autre mentalite, …Il faut être motivé et – c’est le plus important selon moi - être bien entouré. Mon épouse m’a par exemple énormément aidé. C’est elle qui gère l’administratif de la société au quotidien et son aide m’est précieuse. J’ai vu pas mal d’expatriés floués ou découragés car ne parlant pas la langue ou tout simplement mal conseillés…

  • Quel est l'état de la communauté belge au Vietnam et dans les pays avoisinants? la région a-t-elle un potentiel économique fort pour la Belgique et pour l'Europe?

En ce qui concerne les pays avoisinants, je ne  me permettrais pas de faire un jugement car je n’ai aucune connaissance à ce sujet. La communaute belge au Vietnam est repartie entre Hanoi au Nord et Ho Chi Minh Ville au Sud. Je crois savoir que la communaute belge est d’environ 400 personnes. Pour avoir été Secretaire General de la Chambre de Commerce Belgo Luxembourgeoise pendant deux ans, je sais que les neerlandophones sont dans tous les cas en grande majorité. Selon moi, ils représentent certainement 70 % de la communaute belge. A Ho Chi Minh Ville, les Belge sont assez dynamiques et se fréquentent régulièrement. Des rencontres sont organisées par la Chambre de commerce pratiquement tous les mois. Le consulat de Belgique a Ho Chi Minh Ville est également très présent. Nous avons la chance d’avoir Dominique Casier, notre consul honoraire qui est très actif et disponible, ce qui est une grande chance. Les Belges vivant au Vietnam viennent d’horizons professionnels parfois très différents les uns des autres. Certains exportent des meubles, d’autres travaillent dans le commerce maritime, la logistique ou le marketing. C’est très variable. A noter la différence entre ceux qui sont en poste pour une durée déterminée et ceux qui ont fait le choix de vivre ici sur le long terme. La région a bien sur un potentiel économique fort pour la Belgique et l’Europe. Il existe au Vietnam une Chambre de Commerce européenne tres présente,  jouant un role de lobby important aupres des autorités vietnamiennes. Cette chambre de commerce organise de nombreuses activites de networking aussi bien à Ho Chi Minh Ville qu’à Hanoi. Plus de 250 entreprises européennes sont actuellement membres de cette chambre. Certains pays européens sont plus présents que d’autres. Les Allemands bien sûr mais aussi les Francais, pour des raisons historiques, investissent beaucoup. D’autres pays comme l’Italie ou les Pays Bas sont aussi tres présents depuis quelques années. La Belgique n’a pas à rougir. Delvaux a récemment ouvert un atelier à Ho Chi Minh Ville. Grand Place Chocolat est également présent ainsi que la société anversoise Manuchar et bien d’autres. Les opportunités sont ici nombreuses à la condition de vouloir s’adapter à un environnement différent.  En cela la connaissance de la langue et de la culture vietnamienne est fondamentale.

  • Quels sont les points forts des Belges de l'étranger ?

Les Belges sont avant toute chose ouverts d’esprit. C’est je pense la principale caractéristique des Belges vivants au Vietnam. Nous avons la chance - si j’ose dire-  de ne pas avoir de sentiment identitaire fort, ce qui évite certains comportements hautains propres à d’autres Européens que je ne citerai pas. Les Belges ne se prennent pas au serieux, ce qui leurs permet de se fondre aisement dans un environnement international. Nous sommes plus maléables et pouvons nous intégrer plus facilement contrairement à d’autres.

  • Quels sont les points faibles de la Belgique à l'étranger?

Les points faibles sont notre réputation d’Etat institutionnelement complexe et… notre timidité à nous mettre en avant… Les Vietnamiens ont du mal à comprendre la Belgique. Ils connaissent Bruxelles mais rigolent lorsqu’ils entendent parler de nos conflits communautaires. Comment un si petit pays peut-il être aussi compliqué…? Je pense également que les Belges devraient plus se mettre en valeur. Le fait de ne pas avoir de sentiment identaire fort nous permet de nous fondre plus facilement, c’est vrai, mais ne nous rend pas service lorsqu’il s’agit de porter haut et fort notre savoir faire a l’étranger…Prenons les Néerlandais qui ont toujours été plus fiers que les Belges mais qui vivent pourtant dans un petit pays…Au Vietnam, la différence est très nette. Les Néerlandais vivent beaucoup entre eux. C’est moins le cas des Belges, sans doute en raison des différences entre communauté néerlandophone et francophone.

  • Au vu de votre expérience à l'étranger, quels sont à vos yeux les difficultés de l'expatriation pour un Belge?

Je pense d’abord que lorsque l’on s’expatrie, on doit le faire dans de bonnes conditions ou pour de bonnes raisons. On trouve au Vietnam pas mal d’expatriés qui vivent dans des conditions très modestes…Certains n’ont parfois même plus assez d’argent pour rentrer dans leur pays, ce qui est quand même incroyable…En ce qui me concerne, lorsque je suis arrivé au Vietnam, j’ai eu beaucoup de chance. Quelqu’un m’attendait et j’ai été – si j’ose dire – mis dans le bain assez rapidement...  La barrière de la langue est très importante. Il ne faut pas oublier que le Vietnam s’est ouvert  a partir de 1994 ! Peu de Vietnamiens parlent bien l’Anglais. Il faut donc absolument faire l’effort d’apprendre la langue. C’est, je dirais, la règle de base.  La culture est aussi complètement différente. Les Vietnamiens ont des personnalités tres complexes. Le refus de dire non, sauver la face, une obstination parfois terrible à refuser d’admettre leurs erreurs. C’est parfois très fatiguant pour un occidental de maitriser tout cela. Je dirais qu’au Vietnam, un occidental doit être à la fois perséverant  et patient. Il doit aussi faire l’effort d’aller vers l’autre. Cet effort passe nécessairement par l’apprentissage de la langue locale. Beaucoup trop d’expatriés vivent malheureusement en vase clos dans leurs compound et ne se fréquentent qu’entre eux. Certains vivent ici depuis 10 ans et ne connaissent pas la langue…C’est triste pour eux.

  • Quels sont les prochains défis que vous avez envie de réaliser? Souhaitez-vous rester à l'étranger ou envisagez-vous un retour en Belgique?

Je me sens bien au Vietnam et ne compte pas rentrer en Belgique pour l’instant. J’y ai crée mon enterprise et j’y ai fondé une famille. Je ne dirais pas que c’est facile tous les jours mais la qualité de vie est autrement plus agréable au Vietnam qu’en Belgique. Sur le plan professionnel, les opportunités sont énormes. Le marché est en pleine croissance et beaucoup moins cloisonné qu’en Europe. Comme je l’ai déjà dit, j’aurais mis beaucoup plus de temps à développer mon activité professionnelle à Paris qu’a Ho Chi Minh Ville. Bien sûr, il faut s’adapter mais avec un minimum d’effort, tout est ici possible. Je citerai un ami belge expatrié qui m’a dit un jour : “Au Vietnam tout est compliqué mais il y a toujours des solutions”…Cette citation reflète réellement ce qui se passe dans ce pays.

  • Pourquoi rejoindre le MRI?

J’ai toujours été intéressé par la politique. Dans ma famille, j’ai toujours eu l’habitude de parler politique avec mes parents. Ma formation me pousse aussi à être curieux sur le plan politique. En revanche, je ne me suis jamais engagé concrètement. Apres tout ce qui se passe en Belgique et malgré le fait que je vive à l’étranger, j’ai décidé de faire le grand saut et de m’investir. Le MR est un parti politique dans lequel je me retrouve entièrement. D’abord une réelle défense des intérêts francophones, ce qui est pour moi primordial. Les libéraux ont été les seuls à prendre des positions fermes face aux revendications flamingantes. Ensuite, des positions claires en terme de laicité et de lutte contre l’islamisme. La loi d’interdiction de la Burqa dans les lieux publics mais aussi une séparation plus stricte entre l’Eglise et l’Etat en Belgique sont pour moi des sujets très importants. Enfin, sur le plan économique, et en tant que chef d’entreprise, je reste tràs attaché aux libertés individuelles. Selon moi, ce sont les enterprises qui créent l’emploi. Il faut encourager et donner les moyens aux jeunes de créer leur entreprise. C’est une expérience extraordinaire.Le MRI accorde beaucoup d’importance aux Belges de l’étranger. Si nous ne vivons plus en Belgique, cela ne veut pas dire que nous ne nous intéressons plus à notre pays ! Sur ce point, le MR a compris. Pas les autres partis.

  • Quelle est votre devise?

Je citerai Hegel : “ Rien de grand ne s’est accompli dans ce monde sans passion ”


 
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