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L'Irlande dit oui à l'Europe!
Le vendredi 2 octobre, les Irlandais ont approuvé le Traité de Lisbonne à une écrasante majorité : 67,13 % de oui, 32,87 % de non. La participation, de 53,1 % en 2008, est de 59 % cette année. Dans certaines circonscriptions de Dublin, le oui a dépassé 70 % des suffrages. Un peu plus de trois millions d'électeurs - soit moins de 1% des Européens - étaient appelés aux urnes le vendredi 2 octobre pour ce scrutin pour décider du sort du Traité de Lisbonne, jugé essentiel par l'Union européenne pour son bon fonctionnement à 27. Sur les quarante-trois circonscriptions du pays, seules deux ont voté non : celles des pêcheurs du comté de Donegal, à l'extrême nord-ouest, dans la partie irlandaise de l'Ulster où le Sinn Fein (parti nationaliste de gauche radicale, partisan du non), est solidement implanté.

Le premier ministre irlandais, Brian Cowen, s'est aussitôt réjoui de la victoire du «oui», parlant d'un «grand jour pour l'Irlande et d'un grand jour pour l'Europe». «Nous pensons qu'il s'agit d'une victoire très convaincante pour le camp du oui, a pour sa part reconnu l'homme d'affaires Declan Ganley, figure de proue des nonistes. Les Irlandais sont terrifiés. C'est un vote basé plus sur la crainte que sur l'espoir.»
Lors du premier referendum en juin 2008, le non l’avait l’emporté avec 53.4% des voix. Ce rejet avait plongé l'Union européenne dans une grave crise institutionnelle. Pour apaiser les craintes irlandaises qui avaient alimenté le «non» en 2008, Bruxelles a consenti de nombreuses garanties. L'UE ne touchera pas aux «spécificités celtiques», comme l'interdiction de l'avortement, la neutralité militaire et un faible taux d'imposition. De plus, en cas de victoire du «oui», l'Irlande continuera à disposer de «son» commissaire européen. La violence soudaine de la crise économique qui a frappé l’Irlande a également contribué au retournement de l'opinion publique. La récession a mis brusquement fin au dynamisme économique irlandais. Cette année, le produit intérieur brut devrait s'effondrer d'environ 8% et le taux de chômage dépasser 15%, soit trois fois plus qu'en juin 2008.

Cette fois-ci, les électeurs ont rejeté les arguments du "non", soutenus par les partis ou mouvements aux extrémités de l'échiquier politique. Très à gauche, le Sinn Fein, le parti People Before Profit et le Parti socialiste (contrairement au le Parti travailliste, lui en faveur du traité), qui condamnaient la perte de souveraineté et l'Europe libérale, malgré le soutien apporté au traité par la quasi-totalité des syndicats. Très à droite, l'association Libertas de Declan Ganley condamnait un traité "antidémocratique" et l'indépendance perdue ; le groupe conservateur ultracatholique Coir prétendait que le traité impliquait la dégringolade du salaire minimum garanti, l'autorisation de l'avortement et de l'euthanasie ; le parti indépendantiste britannique Ukip agitait la menace de l'immigration ou de l'entrée de la Turquie.
Le contexte de la crise économique afortement motivé le revirement de l'opinion en Irlande, victime du chômage et d'une récession sans précédent. En 2008, l'Irlande était forte et prospère. En 2009, l'Union européenne est perçue à nouveau comme la solution pour vaindre la crise économique qui a frappé l'île de plein fouet. Les partisans du "oui" ont convaincu les Irlandais qu'un non de leur part signifierait, politiquement et économiquement, la mise à l'écart de leur pays.

Seule l'Irlande est tenue, de par sa Constitution, de se prononcer par référendum, tandis que 24 capitales européennes ont déjà achevé le processus de ratification. Les ennuis du traité de Lisbonne, qui doit être ratifié par les 27 membres pour entrer en vigueur, ne s'arrêtent pas avec le vote favorable des Irlandais. L'Allemagne l'a ratifié le 30 septembre. Le président polonais, Lech Kaczynski, a assuré qu'il signerait le Traité si le oui l'emportait en Irlande. Néanmoins, il reste l'obstacle tchèque. Le président tchèque, l'eurosceptique Vaclav Klaus bloqu et retarde la ratification du Traité de Lisbonne malgré l'aval parlementaire.
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